Chantal Lafon, blogueuse littéraire chez Litteratum Amor

Chantal Lafon, tu tiens un blog qui met en lumière les auteurs et à ce titre, il me semble intéressant d’en parler. J’aimerais comprendre ton cheminement : qu’est-ce qui t’a poussée à ouvrir ce blog ?

Parlons rapidement de mon cheminement pour être une lectrice. Jusqu’en sixième j’ai été stigmatisée comme nulle en Français j’étais excellente en maths mais personne ne me le disait.

En sixième j’ai eu une prof extraordinaire, grande femme mince chignon bas sur la nuque, jupe plissée marine et cardigan assorti. La discipline régnait. Nous avions un manuel qui  à chaque leçon « offrait » cinquante exercices d’application. Le vendredi notre prof donnait 5 ou 6 exercices pour le lundi. Pendant le week-end, je m’astreignais à faire les 50 exercices. Lorsqu’elle s’en est aperçu,elle demandait, tous les lundis, le nombre d’exercices faits, bien évidemment j’étais la seule à les avoir tous faits. Alors elle me donnait la parole pour la correction, c’était m’offrir un cours particulier. A la fin du premier trimestre j’allais piocher dans l’armoire de grand-mère au fond de la classe qui nous servait de bibliothèque. J’ai fait de belles rencontres.En fait je suis dyslexique, mais à l’époque …

Depuis la littérature a fait partie de ma vie comme l’air que je respire.

En 2013, burn out, gros coup dur et donc le néant, c’est la littérature qui m’a aidé à tenir la tête hors de l’eau. J’ai candidaté pour être jurée pour le prix de l’Actualité Littéraire, c’était le premier pour eux et pour moi. J’ai récidivé en 2014 et là je me suis sentie l’envie de transmettre et de me soumettre à cet exercice, un auteur emploi le terme de « recension » pour qualifier mes chroniques.

Car si la tendance des chroniques est majoritairement de paraphraser des paragraphes entiers des livres lus, je fais peu de citation et me concentre sur mon ressenti.

Juste être une passeuse d’émotions livresques.

Cela m’a aidé à me débarrasser (pas tout à fait) de ma timidité et d’aller à la rencontre d’auteurs et de créer des liens avec certains, ce qui est fort sympathique. Je tiens à mettre en avant les auteurs dans mon blog donc pas de photos avec eux ou très peu.

Je lis en majorité de la littérature blanche, des essais, de la poésie et des polars ou thrillers atypiques c’est à dire qui ont une identité et du style.

 

Comment choisis-tu les livres desquels tu parles ?

Aucun lecteur ne peut échapper aux rentrées littéraires, c’est un phénomène français et même notre système de prix littéraire je n’ai rien contre.

C’est à nous à flâner en librairie chez les vrais professionnels , les écouter, regarder et choisir. Nous sommes libres il suffit d’être curieux.

J’aime l’exigence en littérature, donc pas de people dans ma bibliothèque . Je relis aussi les classiques très régulièrement.

Laisses-tu sa chance aux petits auteurs ou préfères-tu te concentrer sur des lectures ayant galvanisé les foules ?

Oui je ne sais pas si j’ai de l’influence, mais si l’auteur est respectueux il a toutes les chances que je le lise. Par contre et j’insiste lourdement sur le sujet je ne chronique que les livres que j’ai aimé, je ne fais pas de chroniques négatives, car ce qui ne me plaît pas peut plaire à des milliers d’autres.

J’insiste encore plus sur le fait que je ne cède pas au harcèlement de certains auteurs qui souhaitent des chroniques de complaisance et qui malheureusement en obtiennent .

Incorruptible je suis et resterai.

J’essaie toujours d’étayer mes ressentis et je partage beaucoup.

Que lis-tu en ce moment et nous le conseilles-tu ?

Je termine « Désorientale » de Négar Djavadi aux éditions Liana Levi, l’auteur née en Iran arrive en France à l’âge de 11 ans.

Des souvenirs refont surface, car elle est à l’hôpital dans l’attente  d’une PMA  et elle est homosexuelle. C’est en filigrane mais jamais mis en avant car le fil conducteur est la mémoire et la vie. La construction du livre est désorientée, comme lorsque nos pensées vagabondes, mais cette histoire en majorité autobiographique mais pas que , nous apprend beaucoup sur l’exil.

Pour apprécier ce livre il suffit d’être attentif au monde d’aujourd’hui et vouloir savoir de ceux qui ont subi la peur et la fuite. Et pour s’adapter au pays d’adoption il faut beaucoup abandonner de ce qui nous a construit. En serai-je capable ? C’est la question que je me pose en terminant ce roman.

Je suis persuadée qu’un roman peut faire plus et mieux pour expliquer le monde d’aujourd’hui.

Cette année j’ai eu deux coups de cœur pour des auteurs qui parlent merveilleusement de ce problème : « Les échoués » de Pascal Manoukan et « Destiny » de Pierrette Fleutiaux.

 Quelle est l’adresse de ton blog, Chantal Lafon ?

http://chantal-lafon-12.skyrock.com/

Mon blog s’appelle Litteratum Amor, en réaction à ce que font subir les ministres de l’éducation qui ont eu droit là l’ascenseur social mais qui ont oublié de le renvoyer.

Sans le latin, je saurais moins bien lire, car j’utilise peu le dictionnaire et je lis de façon très diversifiée.

Chantal Lafon, merci d’avoir pris du temps pour répondre à mes questions !

Merci Alexandra ce fut un plaisir de te répondre.

 

 

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